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Accueil du site > Enfance > Les modalités d’appropriation des espaces publics extérieurs > Les activités des enfants à l’extérieur : fonctions et contexte

Les activités des enfants à l’extérieur : fonctions et contexte

  • Rôle des jeux exterieurs
  • Quelle place pour les jeux extérieurs aujourd’hui ?
  • Les lieux de jeux extérieurs

    ROLE DES JEUX EXTERIEURS

    Au cours de l’enfance, l’opportunité d’accéder à des espaces extérieurs pour y jouer apparaît avoir des conséquences extrêmement bénéfiques sur le développement et le bien-être des enfants (Meire, 2007). Comme le souligne Valentine (Valentine, 2004), les jeux extérieurs sont cruciaux dans la mesure où ils contribuent au mécanisme primaire par lequel les enfants se familiarisent et s’approprient leur environnement physique et social.

    Comparés aux espaces intérieurs, les espaces extérieurs en raison de leurs dimensions et de leur diversité offrent de plus larges possibilités d’acquérir de nouvelles habiletés motrices en permettant aux enfants de développer leur capacité de coordination, d’exercer leur agilité et d’éprouver leur force (Lindstrand, 2005). Des enquêtes montrent que les jeux extérieurs constituent pour les enfants une composante essentielle de leur activité physique globale ; en conséquence leur diminution est alarmante dans un contexte où les problèmes d’obésité chez les enfants représentent un enjeu mondial de santé publique (Veitch, Bagley, Ball, & Salmon, 2006). Par ailleurs, sur le plan émotionnel, la possibilité de développer des activités physiques soutenues permettraient aux enfants de réguler une part du stress et des frustrations qu’ils rencontrent dans leur cadre de vie quotidien (Morris, 2003). Plusieurs études indiquent que les espaces extérieurs, plus particulièrement ceux qui présentent une composante naturelle, ont des effets apaisants et ressourçants auprès des enfants (Bagot, Kuo, & Allen, 2007 ; Gearin & Kahle, 2006 ; Moore, 1986).

    Une autre propriété notable des jeux à l’extérieur réside dans leur contribution primordiale à la socialisation des enfants. Dans les espaces publics, le partage des lieux implique des contacts intergénérationnels qui, même lorsqu’ils sont conflictuels, contribuent à l’expérience des différences sociales et culturelles. Le partage d’espaces collectifs concoure à l’émergence d’un sentiment d’appartenance locale et, au-delà, participe à l’apprentissage informel de la citoyenneté (New Policy Institute, 2002). Le caractère intergénérationnel des espaces publics extérieurs s’applique évidemment à la cohabitation avec des adultes, mais aussi à la cohabitation entre enfants de classes d’âge différentes. Une telle cohabitation, notamment entre enfants et adolescents, n’est pas sans poser problème ni susciter des craintes de la part des enfants les plus jeunes et plus particulièrement des filles (Karsten, 2003). On observe que de telles tensions intergénérationnelles peuvent se traduire chez les préadolescents par la mise en place de stratégies d’évitement spatial et temporel dans l’usage et le partage d’un espace public (Legendre, 2008). Néanmoins, les groupes d’âges mixtes qui se forment dans les espaces extérieurs constituent de précieux contextes d’apprentissages sociaux et cognitifs. Ils sont, par exemple, l’occasion d’initiations à des jeux de règles sophistiquées ; notons que les situations de tutorat associées à de tels apprentissages ont des effets bénéfiques tant pour les plus jeunes enfants que pour les plus âgés (Stone & Lozon 2004). Il n’est peut-être pas inutile de rappeler, dans nos sociétés où les lieux permettant des regroupements d’âges mixtes ont tendance à se raréfier, qu’une part importante de l’apprentissage des enfants s’effectue par l’observation et l’imitation de leurs aînés.

    Cependant, la principale qualité des espaces extérieurs par rapport au développement social est de permettre aux enfants d’interagir avec leurs pairs selon des termes, des règles et des objectifs qui leur sont propres (Delalande, 2009 ; Pellegrini, Blatchford, Kato, & Baines, 2004). Comme le souligne Lindstrand (2005), c’est dans les espaces extérieurs que les enfants peuvent le plus librement expérimenter les formes les plus complexes de jeux avec les pairs. En effet, les supports d’activités des espaces ouverts sont généralement moins standardisés que ceux des espaces intérieurs, cette plus grande flexibilité fonctionnelle permet des formes d’utilisation et d’appropriation qui laisse une plus large part aux changements de rôle et à l’imagination (Blinkert, 2004).

    L’importance de la dimension sociale des lieux de jeux extérieurs pour les enfants est également mise en évidence par le fait que l’un des principaux facteurs affectant la fréquence de sortie des enfants apparaît lié à la possibilité de rejoindre des pairs sur des lieux de jeux extérieurs. Ainsi, il existerait pour les enfants un lien dynamique entre l’accès à des espaces extérieurs et leur développement social : d’une part, la possibilité de rejoindre un groupe de pairs favorise le fait de sortir jouer à l’extérieur et en retour, les jeux collectifs entre enfants contribuent au développement de leurs compétences à interagir, à créer des relations et à s’insérer dans des réseaux de pairs. Comme le signalent Karsten et van Vliet (2006) cette dynamique vertueuse s’inverse dès lors que les enfants qui habitent une rue ou un quartier sont peu nombreux. En effet, les enfants sont alors réticents à sortir pour jouer dans un parc, un square ou une aire de jeu peu fréquenté, ceci quels que soit par ailleurs la qualité des supports de jeux offerts par ces lieux.

    Ce bref rappel souligne les apports des jeux à l’extérieur pour la santé et l’équilibre émotionnel des enfants, ainsi que pour leur développement cognitif, moteur et surtout social. Il est donc justifié de s’interroger sur la place qu’occupent aujourd’hui les jeux extérieurs pour nos enfants sur leurs possibilités d’accéder à des espaces publics extérieurs constituant de bons supports d’activités et de socialisation.

    QUELLE PLACE POUR LES JEUX EXTÉRIEURS AUJOURD’HUI ?

    Dans les sociétés occidentales, la distribution spatiale et temporelle des activités des enfants semble avoir considérablement changée au cours des dernières décennies (Larson & Verma, 1999). Les activités des enfants sont de plus en plus encadrées et s’inscrivent dans des agendas quotidiens et hebdomadaires très contraignants qui les conduisent à fréquenter un « archipel d’espaces » non connectés entre eux nécessitant l’accompagnement des parents (Karsten & van Vliet, 2006). Cette évolution se traduit par un accroissement des distances entre les lieux d’activités des enfants (Witlox & Tindemans, 2006), qui s’accompagne dans le même temps d’une réduction des déplacements autonomes ainsi que d’une diminution de la fréquentation des espaces publics de proximité (Prezza, 2007).

    De nombreuses études menées aux USA, en Europe et en Australie viennent corroborer cette tendance et mettent en évidence une diminution croissante de la fréquentation des espaces extérieurs par les enfants (Spencer & Woolley, 2000 ; Chaaulrton & Hollands, 2002). Aux Pays-Bas, ce constat a conduit Karsten et van Vliet (2006) à proposer la définition d’une nouvelle catégorie d’enfants : celle des « enfants d’intérieur ». Certains auteurs anglo-saxons évoquent une marginalisation, voir une exclusion des jeunes des espaces publics de la cité (Lennard & Lennard, 2000). Les enfants et des adolescents sont orientés vers des aires de jeux spécialisées (skate parc…), confinés à des lieux où des activités encadrées leur sont proposés (club sportif, centre loisirs, parc adventureland…) ou encore attirés par les centres commerciaux (Vanderbeck & Johnson, 2000).

    Pour expliquer ce phénomène, un ensemble de facteurs est invoqué : facteurs urbains, facteurs sociaux et familiaux, ou encore technologiques. Cependant, parmi ces facteurs, les représentations parentales des dangers auxquels sont exposés les enfants dans les espaces publics occupent une place centrale. Ces dangers sont associés aux risques routiers et plus encore aux risques sociaux, qu’ils proviennent d’enfants plus âgés (racket, gang) ou d’adultes malintentionnés (Meire, 2007). L’étude effectuée dans un quartier de New York par Pamela Wridt (2004) illustre bien les étapes qui amènent à un changement des représentations et des usages des espaces du domaine public par les enfants. En s’appuyant sur une méthodologie originale « l’autobiographie environnementale », l’enquête effectuée auprès de plusieurs générations d’habitants permet de faire émerger trois phases distinctes : la phase où la rue constitue le lieu de jeux principal des enfants, la phase où les parcs assument ce rôle et enfin, la phase du repli sur le domicile. La première évolution, celle qui mène de la rue vers les parcs, est provoquée par une augmentation de la délinquance dans la rue, mais surtout par l’accroissement du trafic automobile qui cause de nombreux accidents mortels impliquant des enfants. La seconde évolution est celle qui conduit des parcs au repli sur le domicile. Elle est liée à un désinvestissement politique par rapport à l’entretien et l’animation des parcs de quartier, ceux-ci sont alors l’objet d’une lutte territorial entre gangs de jeunes. Face à la violence présente dans les espaces extérieurs, le repli sur le domicile est facilité par l’accès aux nouvelles technologies qui permettent aux enfants de se distraire et de communiquer tout en restant chez eux.

    Ainsi, des changements notables sont intervenus dans les représentations et le statut des espaces extérieurs, notamment ceux du domaine public : rues, parcs ou aires de jeux. Aujourd’hui, les jeux des enfants à l’extérieur sont considérés comme dangereux s’ils ne sont pas encadrés ou supervisés par des adultes. En France, contrairement à ce que l’on peut observer dans d’autre pays comme la Finlande, la plupart des parents n’envisagent plus de laisser leurs enfants aller jouer librement à l’extérieur (Shaw &. Bicket, 2013).
    Comme le montre l’enquête menée en Bretagne, l’autonomie de déplacement des enfants est très faible quel que soit le type d’environnement considéré : rural, bourg rural, petite ville, ville périurbaine ou quartier de grande ville (Legendre et al., 2013).

    LES LIEUX DE JEUX EXTERIEURS

    Néanmoins, Rasmussen (2004) attire notre attention sur le fait qu’une vision beaucoup plus nuancée apparaît lorsque l’on distingue les espaces ‘pour’ les enfants, tels que les conçoivent les adultes, des espaces choisis ‘par’ les enfants. En effet, les enfants apparaissent toujours privilégier les espaces extérieurs pour leurs jeux, même dans un milieu urbain dense. Par exemple, Burke (2005) a demandé à des enfants d’âge scolaire habitant la ville de Leeds de photographiés leurs emplacements de jeux préférés. Elle constate, que quel que soit le quartier d’habitation, les photos représentent très majoritairement des espaces extérieurs et plus particulièrement des espaces ouverts, alors que les espaces intérieurs représentent moins du tiers des photographies.

    Par ailleurs, les enquêtes menées dans plusieurs pays indiquent que les enfants profitent de toutes sortes de lieux et d’emplacements pour y développer leurs activités (McDougall, Schiller, & Darbyshire, 2009). Parmi les lieux que les enfants indiquent comme emplacement de jeux, les espaces naturels et ouverts occupent une place de choix (Fjørtoft, 2004). Notons que la présence d’éléments naturels semble constituer un pôle d’attraction même lorsqu’ils n’apparaissent que sous une forme résiduelle, comme une petite zone gazonnée située devant ou derrière un immeuble. Pour Blinkert (2004), ces petits espaces naturels font partie des « zones tampons » dont le caractère informel et la proximité au domicile leur permettent d’être facilement utilisés et appropriés par les enfants. On constate d’ailleurs que des éléments de l’environnement qui peuvent paraître insignifiants aux yeux des adultes (une entrée d’immeuble, un muret, un lampadaire, une plaque d’égout…), constituent pour les enfants de petites niches où ils peuvent se regrouper et des points d’ancrage à partir desquels ils développent des jeux faisant appel à l’imagination (Abu Ghazzeh, 1998).

    Ces études suggèrent qu’au-delà des espaces traditionnellement destinés aux enfants (parcs, aires de jeux), une grande variété de lieu et d’emplacements sont investis par ceux-ci. Pour autant, nous ne disposons encore que de très peu d’information sur l’importance respectives des divers types de lieux qui servent de support aux jeux extérieurs. De même, il est encore difficile d’apprécier dans quelle mesure les choix de ces lieux varient selon l’âge, le genre ou le type d’habitat des enfants. Des études doivent donc être poursuivies pour mieux appréhender la diversité des choix des enfants en fonction de leurs caractéristiques individuelles et de leur cadre de vie. En effet, une meilleure connaissance des lieux de jeux extérieurs peut utilement contribuer aux décisions sur les points d’interventions à privilégier dans une politique de la ville favorable aux enfants (Veitch et al., 2006).

    Bien que les recherches sur les espaces du quotidien des enfants et des jeunes se développent en France (Danic, David, & Depeau, 2010), la nécessité de poursuivre des études systématiques pour documenter ces questions est d’autant plus grande dans notre pays que la plupart des travaux réalisés dans ce domaine ont été conduits à l’étranger.